7 nov. 2015

Cinéma et internet, une alliance difficle ?


L’informatique et ses programmes ont depuis l’aube de leur popularisation été un sujet très fructueux en art et tout particulièrement dans le cinéma. Notamment dans le thriller et le film d’espionnage, mais aussi et surtout dans la science-fiction avec des titres de légende comme « Tron » en 1982 ou « Matrix » en 1999.
 Le sujet d’internet a de son côté eu plus de mal à s’installer dans les salles obscures. Le « World Wide Web » a beau s’être intégré de façon exponentielle dans notre quotidien et dans les rouages de notre société, sa présence dans les films est généralement anecdotique et constitue rarement un sujet en soi. Ceux qui s’y essayent ont malheureusement tendance à se casser le nez et force est de constater que mettre en scène la toile est un exercice périlleux et à priori, assez compliqué.
 Néanmoins, nous pouvons trouver quelques perles rares. Des films qui ont su tirer leur épingle du jeu et faire d’internet un véritable sujet, qu’il soit visuel et scénaristique. Ces films se servent également du web comme un outil de mise en scène. Nous avons retenu cinq long métrages qui chacun à leur manière, se sont engagés à transposer le web à l’écran et à traiter de ce vaste sujet…

TRAQUE SUR INTERNET - Irwin Winkler – 1995

 
 Internet n’était pas encore installé dans tous les foyers que déjà, des artistes précurseurs se penchaient sur les différentes questions que son existence pouvait soulever. C’est le cas d’Irwin Winkler qui mettait alors en scène l’un des thrillers cultes des années 90. « Traque sur Internet » c’est avant tout un scénario écrit par John D. Brancato et Michael Ferris : l’histoire d’Angela, jeune femme qui pourrait aujourd’hui être désigné comme une nerd. Interprétée par une Sandra Bullock en plein essor, Angela est une informaticienne qui traque les virus depuis chez elle, son unique lieu de travail dans lequel elle vit dans l’enfermement et la solitude. La découverte d’un programme pirate l’entraine alors dans une course poursuite haletante qui prendra une ampleur des plus impressionnantes.
 Cyber-terrorisme, modification d’identités, informations sensibles accessibles à tous… « Traque sur internet » nous met en garde contre les nombreux dangers du web, leur expansion et leur fonctionnement quasi-militaire. C’est un ennemi invisible et tout puissant qui nous est ici décrit. L’informatique contrôle la vie de notre protagoniste, complètement dépassée par la grandeur de cet outil. Le film insiste sur le fait que chacune de nos décisions et de nos actions passe par l’informatique, sont sauvegardées et parfois utilisées à mauvais escient par de parfais inconnus…  Winkler joue sur les nerfs de ses spectateurs et emploi une mise en scène propre au film de cette décennie, afin de nous plonger dans cet univers sombre où la traque, le pouvoir et le contrôle constituent un fil rouge scénaristique excitant et strident. La caméra se braque sur les écrans d’ordinateurs et l’imagerie informatique porte le récit avec une fluidité surprenante qui fonctionne aujourd’hui encore, malgré l’apparence obsolète qu’elle aborde, presque 20 ans plus tard.
 Avec les années, le film est devenu culte, mais son succès était déjà remarquable à l’époque. En 1998, « Traque sur internet » devient une série et quelques années plus tard le film « Traque sur internet 2.0 » voit le jour.
 

CHATROOM – Hideo Nakata – 2010


 Hideo Nakata, prodige Japonnais à qui l’on devait déjà le grand « Ring » (par le biais duquel il prouva qu’il pouvait se servir des technologies pour les mettre au service d’un film innovant et moderne), a mis ses talents entre les mains d’une production Anglaise pour nous livrer ce « Chatroom ».
  L’idée du film parait des plus banales ; un jeune homme mal dans sa peau crée une « chatroom » dans laquelle il fera la rencontre de quatre autres adolescents. Ensemble, ils vont échanger sur leur mal-être, sur la solitude, le monde des adultes, l’amour et le suicide. Une succession de conversations assez généralistes autour des problèmes courants chez les 12-20 ans. Mais toute l’originalité du film réside dans sa mise en scène… Internet y est un décor réel et si quelques plans nous montrent les personnages tapant sur un clavier, la majorité de ces entretiens se feront dans une petite pièce, avec ses quatre murs et ses cinq chaises… La « chatroom » y est donc complètement imagé.
 Ici, internet apparait comme une succession de couloirs lumineux, colorés et partiellement délabrés. On y trouve de tout, chaque porte mène quelque part. Dans des univers privés, dans des chats entre amis ou sur des sites de rencontres à caractère sexuel. Tout devient réel, concret et solide.  Le film matérialise ce qui est un refuge pour les personnages. On y vente alors les mérites et les dangers du net ; la possibilité de se livrer complètement et anonymement, de se confesser et de trouver conseil. Sans honte. Nous y trouvons aussi les moyens de bâtir un univers qui nous serait propre, un monde personnalisable, pays de toutes les possibilités, de tous les fantasmes. Là où les insociables ont une chance de converser et de rompre la solitude. Mais certaines zones d’ombre peuvent faire de nous les témoins impuissants de violences et de lynchages…
 Cet internet matérialisé nous aide à porter un regard différent sur le sujet et pour certaines générations qui ne sont pas né avec le monstre entre les mains, un moyen certain de mieux le comprendre et de l’apprivoiser. Ce décor sert alors de scène à un sordide thriller, embarrassant et hypnotisant, étrange et de plus en plus glauque à mesure que les réalités s’emboitent les unes sur les autres dans une maitrise parfaite du découpage et de la narration.  Nakata dirige avec soin ses cinq acteurs, parmi lesquels nous retrouvons Imogen Poots (« 28 semaines plus tard », « Knight of Cups »), Hannah Murray (« Skins », « Game of Thrones ») et un jeune Aaron Taylor-Johnson (« Nowhere Boy », « Kick Ass », « Savages », « Avengers ») qui de son charme inquiétant, porte ce film des plus singuliers.

THE SOCIAL NETWORK – David Fincher – 2010

 
Pour exploiter le sujet d’internet, le grand David Fincher a choisi d’en parler. C’est exactement ce que feront les personnages de « The Social Network », puisque le biopic de Mark Zuckerberg, qui retrace la naissance du géant Facebook, repose essentiellement sur les conversations qui y sont mises en scène.
 Si au XXème siècle les Etats-Unis pouvaient encore prétendre être la terre de tous les possibles, il n’en est rien au XXIème siècle. A notre époque, les empires économiques et les grands destins se bâtissent avant tout sur internet. Le monde a changé et c’est autour de cette idée que David Fincher a voulu créer son film, choisissant l’incroyable histoire de Mark Zuckerberg à titre d’exemple révélateur. C’est avant tout la mise en image d’un monde en pleine mutation et la fresque gargantuesque de l’outil internet.
 Cette fresque novatrice se compose donc dans la discussion et dans une multitude de dialogues où le sujet du web et des réseaux sociaux (informatiques ou non…) seront traités de différents points de vue et à angles variables. D’une fluidité ahurissante, « The Social Network » nous embarque dans les backstage de la toile et s’en prend à nos passions les plus profondes, celle de l’amour, de l’argent et du pouvoir. En se servant principalement d’une écriture irréprochable et d’une mise en scène précise, « The Social Network » nous démontre pointilleusement qu’il faudra toujours composer avec sa propre solitude, que ce soit sur et en dehors du web. Les réseaux sociaux n’y pourront rien.

 

DISCONNECT – Henry Alex Rubin – 2013


 
 Avec « Disconnect », le Canadien Henry Alex Rubin avait pour ambition de décrire le quotidien avec internet. Les problèmes avec internet. La vie humaine avec internet.
 « Disconnect » est une aventure informatique qui met en scène plusieurs petites histoires dont les différentes intrigues reposent toutes sur le web : lynchage publique (quand les réseaux sociaux deviennent des agoras), harcèlements, arnaque, prostitution en ligne etc…
 Le réalisateur n’hésite pas à intégrer les conversations virtuelles dans son récit, en ajoutant simplement un petit encart dans le cadre. Ainsi, « Disconnect » se regarde et se lit. Mais l’intégration de cette technologie dans la mise en scène ne s’arrête pas là puisque l’espace sonore est régulièrement occupé par les mélodieux pianotements des claviers et téléphones portables, qui se fondent brillamment dans les conversations et la partition pop-rock qui compose le mixage.
 La force de « Disconnect » réside dans le fait que le film parle d’internet sans tabou et le fait enfin d’une façon qui révèle à quel point l’outil est entré dans notre quotidien et prend une part grandissante dans les éléments qui composent notre vie.
 On remarque finalement que le web n’est pas le premier sujet de « Disconnect ». Pas uniquement. C’est avant tout la violence. La violence sexuelle et exploitante, la violence psychologique et moqueuse, la violence vénale et intéressée. Mais dans ce film, la différence de traitement est la suivante : l’emploi de ces violences, régulièrement exploitées sur grand écran, passe uniquement par cet engin qui nous unis et canalise nos actions : Internet. L’idée soutenue par Henry Alex Rubin s’ancre dans l’idée de la connexion virtuelle et de la déconnection au réel, elle est savamment démontrée au fil d’un film poétique et intelligent. 

UNFRIENDED - Levan Gabriadze – 2015

 
 Quand Levan Gabriadze a choisi de mettre en scène internet, il ne s’est surement pas posé autant de question que n’ont pût le faire les quatre cinéastes dont nous parlions précédemment. Il a purement et simplement décidé de faire de son écran cinématographique… Un écran informatique.
 En effet, l’intégralité du film se déroule sur l’écran d’ordinateur du personnage principal, avec toutes les difficultés que cela peut impliquer : tenir une intrigue, mettre en scène différents personnages, créer des émotions et construire une histoire dont les éléments varient et évoluent.
Un casse-tête ? Peut-être, mais un pari réussit. Le film triomphe à nous embarquer dans son fonctionnement et l’idée première confère un certain réalisme à l’intrigue. Nous passons de Skype à Facebook en un instant, notre héroïne parcours des sites comme Youtube, elle jongle entre les conversations écrites et orales, en privé ou a plusieurs… On retrouve les logiciels de streaming musical, les chatroulettes etc… L’écran est vaste, les fenêtres s’accumulent et il faut regarder partout. Il se passe plusieurs choses en même temps. Il faut lire, écouter, regarder, suivre le mouvement de la souris, rester attentif au « …est en train d’écrire », « message vu » etc… Car chacun de ces éléments sert l’intrigue et la composition d’une ambiance à tension désirée par le cinéaste.
 En dehors de cet exploit technique, l’histoire racontée est assez banale. Slasher fantastique peu original, nous assistons à la revanche d’un fantôme, celui d’une jeune fille s’étant suicidée après avoir vue une vidéo compromettante diffusée sur le web. Elle revient pour se venger auprès de cinq camarades concernés de près ou de loin par l’affaire, en les réunissant dans une conversation groupé sur Skype et en jouant avec leurs nerfs, les mettant face à leurs mensonges et les éliminant un par un. Bien sûr, dans les règles de ce jeu sanglant, personne n’a le droit de quitter son ordinateur, sinon il meurt.
 Si l’ambition scénaristique avait été à la hauteur du projet, un chef-d’œuvre aurait pu voir le jour. Mais il faut bien garder à l’esprit que le public visé était adolescent. Il est certain qu’une personne ne connaissant que moyennement internet, ou ne visualisant pas tous les systèmes de communications qu’il propose, serait totalement larguée, elle passerait à côté de certains rebonds, ne saisirait pas la logique qui relie le tout, pour finalement s’ennuyer à mourir. Mais pour un spectateur averti, ce tour de force laisse pantois. L’idée était simple. Il fallait l’avoir. Il fallait l’oser.

http://www.aecfrance.com/#!Cinéma-et-internet-une-alliance-difficile-/c19us/5622d6ad0cf2c3a4a71370f0
 

1 commentaire:

  1. Hello! Cela fait au moment que je suis ton blog et je le trouve tout simplement génial. Cet article est réussi à merveille et nous donne envie de regarder tout ces films dont tu as fais une critique très construite. Je suis également ton autre blog " ma vie avec Harry " et je ne suis pas du tout déçue que tu ai décidé d'arrêter " objetshp " car celui-ci est mieux mis en page. En tout cas, bravo, continue comme ça!

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