11 oct. 2015

Miss Peregrine et les enfants particuliers - Ransom Riggs


 Avec ce premier roman, Ransom Riggs signe un succès littéraire de ceux qui s’exportent dans le monde et attisent l’enthousiasme des afficionados de littérature fantastique et «Young Adult ».
 Il faut dire que ce « Miss Peregrine » à tout pour plaire. Notamment d’un point de vue promotionnel ; sa couverture étrange et sa typographie gothique sont remarquables, le livre est un bel objet, avant même d’être un texte. Aussi, la richesse du livre réside dans l’idée qu’il propose une lecture interactive, parsemée d’une multitude de photos et de documents qui font entièrement partie du récit. Des photographies étranges, parfois dérangeantes, des croquis, des lettres… Ce qui est aussi des plus intéressants, c’est la véracité des clichés proposés. Chaque photographie est véritable, rien n’a été mis en scène pour le roman.
 Tous ces éléments font de « Miss Peregrine » une lecture agréable qui reste gravée dans notre imaginaire, grandement nourrit par cette profusion. Cependant, on peut être dubitatif quant au contenu littéraire et à l’histoire.
 D’une façon générale, l’écriture est fluide mais s’avère un peu légère pour un texte visant un public adolescent et adulte, à priori averti et amateur d’histoires glauques et sombres. Seulement il ne suffit pas de parler de la seconde guerre mondial pour prétendre à quelque chose d’effrayant et qui se vend comme un récit très noir. La naïveté des personnages, même les plus âgés (certains ont une centaine d’année…) nous ramène immédiatement à un livre pour enfant. Ce qui n’est pas nécessaire quand on sait la contenance de certains contes, ou même l’ambiance lourde qui peut émaner de romans plus récents, comme Hunger Games ou Harry Potter. Cette écriture et ce propos assez juvénile est regrettable, car on peut attendre de « Miss Peregrine » quelque chose d’un peu plus brusque.
 L’histoire regorge néanmoins de très bonnes idées et de situations intéressantes. Notamment dans sa vision du temps, ses sujets sur la mortalité et l’isolement. Mais Ransom Riggs peut parfois s’égarer un peu dans la composition de sa mythologie, qu’il tente de construire de toute pièce. Un beau geste qui fonctionne rarement, à moins d’avoir un talent inouïe. Aujourd’hui on amène généralement ses propres créations monstrueuses et ses règles fantastiques dans un univers se faisant déjà référence au type fantastique établit, comme le font George Martin ou J. K. Rowling. La volonté est notable, mais le résultat n’est pas à la hauteur.
 Comme les personnages, l’intrigue à tendance à tourner en rond et on s’ennuie un peu durant la seconde partie du roman, quand les principaux mystères exposés au début ont été résolus et expliqués. Ce qui bien sûr fait rapidement perdre de l’intérêt au récit (d’autant que la tentation de parcourir toutes les images avant qu’elles n’arrivent d’elles-mêmes est assez grande !)
 Dans l’ensemble, ce « Miss Peregrine » vaut le coup d’œil, notamment pour sa collection de photographies qui rappellera les « Freakshows » d’entant, mais il ne révolutionnera pas grand-chose et pourrait probablement ennuyer les lecteurs les plus férus de fantastique. Pour l’heure, nous attendons l’adaptation cinématographique de Tim Burton, qui trouvera ici de quoi alimenter son univers, avec lequel il semblerait vouloir renouer au travers de cette aventure !

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