2 sept. 2015

Wes Craven, voyage au ciel pour un maitre de l'enfer

 
 La sentence est tombée le 31 aout 2015, le réalisateur Wes Craven a succombé à une tumeur au cerveau, laissant derrière lui une armée d’orphelins et soufflant un peu plus la flamme d’un certain espoir qui planait au dessus de lui… Car, à une époque où les aficionados du genre horrifique pleurent une nouvelle fois l’épuisement de leur cinéma fétiche, on ne pourra désormais plus compter sur Wes Craven pour générer un tour de force qui aurait révolutionné l’industrie de l’horreur, une troisième fois…
 
 Il est de notoriété publique que l’épouvante entretient une fâcheuse tendance à tourner en rond, à s’imiter elle-même, se renvoyant la balle indéfiniment jusqu’à l’épuisement le plus total. Rares sont les cinéastes qui parviennent à faire basculer la tendance, faisant d’une idée neuve un film marquant et un souffle nouveau pour toutes les bandes qui entreront dans son sillage. D’autant plus rares sont ceux qui exécutent la pirouette à deux reprises. Telle est la singularité de Wes Craven, son génie et son caractère d’exception.
 
 
 
 Au début des années 80, le cinéma d’horreur n’a qu’un mot à la bouche : « Slasher » (du verbe To Slash : tailler, entailler). Une vague de Slasher-Movies envahit les écrans du monde est le concept en est toujours le même ; un tueur masqué ou physiquement caractérisé, une bande de jeunes dépravés, une série de meurtres à l’arme blanche et un trip sanguinaire d’une heure et demie bourré d’hormones adolescentes et d’une violence orchestrée par un rythme entrainant. Le même scénario (pensé par John Carpenter en 1978 avec « Halloween » et codifié par Cunningham dans « Vendredi 13 ») est décliné à toutes les sauces et se voit excessivement exploité jusqu’à en perdre son charme et son intérêt le plus fondamental. C’est ici qu’arrive l’ami Wes Craven et ses « Griffes de la nuit ». D’une idée simple, Craven créera un héritage monstre ! Curieusement, c’est à la fois dans le réalisme et le fantastique que Craven bâtira son film film culte et un personnage clé : Freddy Krueger, pédophile condamné par des parents justiciers, brulé vif pour ses crimes et transporté dans une dimension abjecte propre à son esprit délirant, d’où il hantera les rêves des adolescents de Elm Street, les entrainant dans son univers grand-guignolesque pour les écorcher à coups de lames acérées, dérobant leurs espoirs, leur énergie juvénile, leur innocence et finalement, leur vie. « J’ai lu un article, nous disait le metteur en scène, qui rapportait la mort étrange d’adolescents, décédés dans leur sommeil, à cause d’un cauchemar. » Ainsi naquit Freddy et la dimension fantastico-interdimensionnelle et sexuelle d’un cinéma qui connaitrait alors de belles années, avec des titres comme « Hellraiser » de Clive Barker et « Jeu d’enfant » (où sévira l’inoubliable poupée Chucky).
 
 
Mais à ce stade, Wes Craven, n’en était pas à son coup d’essai et se montrera par la suite toujours aussi doué, puisque nous lui devons une série de chef-d’oeuvres tels que « La colline à des yeux », « Le sous-sol de la peur », « La dernière maison sur la gauche » (pilier d’un autre sous-genre des plus étranges, le Rape and Revenge, qui atteint son emprise populaire la plus éclatante avec « I spit on your grave ») et « L’emprise des ténèbres » qui rendra au film de zombie son origine vaudou, détournant la bombe lancée par Romero avec « La nuit des morts vivants ».
 En somme, au début des années 90, Wes Craven est déjà un pape pour les amateurs. Même ses drôleries fantastiques les plus maladroites sauront séduire (« Le vampire de Brooklyn », « La créature du marais ».) Mais pour autant, le cinéaste n’a pas encore atteint son apogée et son statut de metteur en scène canonisé. La chose arrivera en 1996, alors qu’une fois encore, certaines branches du cinéma d’horreur (notamment les slashers et leurs sagas sans fins) s’engouffraient dans une médiocrité répétitive. Le coup de maitre et le coup de génie porte le doux nom de « Scream ».
 
 
 
 
Film brillant de complexités, d’humour noir, de critiques acerbes, de jeux cinéphiles, de références détournées, d’une intelligence morbide et d’idées nouvelles. Est-il besoin de parler de « Scream » et de son impact immédiat sur le cinéma d’horreur et la culture populaire, de ses polémiques ravageuses, de ses scènes cultes et de son tueur qui basculera de l’écran vers le monde réel ? « Scream » n’est pas seulement mythique, c’est une légende dont l’influence se fera ressentir au-delà des sentiers battus d’un genre assez restreint. Le miracle « Scream » tient aussi du fait que, pas une de ses suites n’aura su entacher la réputation de leur ainé, comme si Wes Craven avait tenté de préserver son chef s’oeuvre, évitant le destin nauséeux de Freddy qui, passant de main en main, avait lamentablement finit sa course avant d’être gracieusement remis sur les rails par son papa,  dans un film des plus étonnant. « Freddy sort de la nuit » ; où Craven mettait en scène les acteurs du premier film de la saga, dans leur propre rôle, confrontés à leur film culte, à l’élégance fragile de leur succès, dans un Hollywood où Freddy aurait traversé l’écran pour venir hanter les comédiens qu’il avait affronté dans une fiction… Une étourderie pour certains, du génie pour d’autres. C’était en tout cas les prémices  d’un sujet qui ferait de Craven un grand homme du cinéma, dont le talent premier résidera dans la distorsion des réalités et dans la découverte de peurs nouvelles… Un rêve peut nous tuer. Un film aussi. C’était en tout cas le sujet entretenu dans « Scream », alors que le tueur sévissait en s’inspirant de « Halloween » ou encore de… « Freddy » ! Une idée si bien exploitée que de véritables tueurs auront agit en s’inspirant, par malheur, de « Scream ». Ces réalités escamotables seront toujours sujet de fascination, et on ne se lassera pas de voir le caméo de Craven dans « Scream » où il nous apparaît, déguisé en Freddy Krueger !
 
http://www.aecfrance.com/#!Wes-Craven-voyage-au-ciel-pour-un-maître-de-l’enfer/c19us/55e779b40cf20cc5249eb238
 
 

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