7 nov. 2015

Cinéma et internet, une alliance difficle ?


L’informatique et ses programmes ont depuis l’aube de leur popularisation été un sujet très fructueux en art et tout particulièrement dans le cinéma. Notamment dans le thriller et le film d’espionnage, mais aussi et surtout dans la science-fiction avec des titres de légende comme « Tron » en 1982 ou « Matrix » en 1999.
 Le sujet d’internet a de son côté eu plus de mal à s’installer dans les salles obscures. Le « World Wide Web » a beau s’être intégré de façon exponentielle dans notre quotidien et dans les rouages de notre société, sa présence dans les films est généralement anecdotique et constitue rarement un sujet en soi. Ceux qui s’y essayent ont malheureusement tendance à se casser le nez et force est de constater que mettre en scène la toile est un exercice périlleux et à priori, assez compliqué.
 Néanmoins, nous pouvons trouver quelques perles rares. Des films qui ont su tirer leur épingle du jeu et faire d’internet un véritable sujet, qu’il soit visuel et scénaristique. Ces films se servent également du web comme un outil de mise en scène. Nous avons retenu cinq long métrages qui chacun à leur manière, se sont engagés à transposer le web à l’écran et à traiter de ce vaste sujet…

TRAQUE SUR INTERNET - Irwin Winkler – 1995

 
 Internet n’était pas encore installé dans tous les foyers que déjà, des artistes précurseurs se penchaient sur les différentes questions que son existence pouvait soulever. C’est le cas d’Irwin Winkler qui mettait alors en scène l’un des thrillers cultes des années 90. « Traque sur Internet » c’est avant tout un scénario écrit par John D. Brancato et Michael Ferris : l’histoire d’Angela, jeune femme qui pourrait aujourd’hui être désigné comme une nerd. Interprétée par une Sandra Bullock en plein essor, Angela est une informaticienne qui traque les virus depuis chez elle, son unique lieu de travail dans lequel elle vit dans l’enfermement et la solitude. La découverte d’un programme pirate l’entraine alors dans une course poursuite haletante qui prendra une ampleur des plus impressionnantes.
 Cyber-terrorisme, modification d’identités, informations sensibles accessibles à tous… « Traque sur internet » nous met en garde contre les nombreux dangers du web, leur expansion et leur fonctionnement quasi-militaire. C’est un ennemi invisible et tout puissant qui nous est ici décrit. L’informatique contrôle la vie de notre protagoniste, complètement dépassée par la grandeur de cet outil. Le film insiste sur le fait que chacune de nos décisions et de nos actions passe par l’informatique, sont sauvegardées et parfois utilisées à mauvais escient par de parfais inconnus…  Winkler joue sur les nerfs de ses spectateurs et emploi une mise en scène propre au film de cette décennie, afin de nous plonger dans cet univers sombre où la traque, le pouvoir et le contrôle constituent un fil rouge scénaristique excitant et strident. La caméra se braque sur les écrans d’ordinateurs et l’imagerie informatique porte le récit avec une fluidité surprenante qui fonctionne aujourd’hui encore, malgré l’apparence obsolète qu’elle aborde, presque 20 ans plus tard.
 Avec les années, le film est devenu culte, mais son succès était déjà remarquable à l’époque. En 1998, « Traque sur internet » devient une série et quelques années plus tard le film « Traque sur internet 2.0 » voit le jour.
 

CHATROOM – Hideo Nakata – 2010


 Hideo Nakata, prodige Japonnais à qui l’on devait déjà le grand « Ring » (par le biais duquel il prouva qu’il pouvait se servir des technologies pour les mettre au service d’un film innovant et moderne), a mis ses talents entre les mains d’une production Anglaise pour nous livrer ce « Chatroom ».
  L’idée du film parait des plus banales ; un jeune homme mal dans sa peau crée une « chatroom » dans laquelle il fera la rencontre de quatre autres adolescents. Ensemble, ils vont échanger sur leur mal-être, sur la solitude, le monde des adultes, l’amour et le suicide. Une succession de conversations assez généralistes autour des problèmes courants chez les 12-20 ans. Mais toute l’originalité du film réside dans sa mise en scène… Internet y est un décor réel et si quelques plans nous montrent les personnages tapant sur un clavier, la majorité de ces entretiens se feront dans une petite pièce, avec ses quatre murs et ses cinq chaises… La « chatroom » y est donc complètement imagé.
 Ici, internet apparait comme une succession de couloirs lumineux, colorés et partiellement délabrés. On y trouve de tout, chaque porte mène quelque part. Dans des univers privés, dans des chats entre amis ou sur des sites de rencontres à caractère sexuel. Tout devient réel, concret et solide.  Le film matérialise ce qui est un refuge pour les personnages. On y vente alors les mérites et les dangers du net ; la possibilité de se livrer complètement et anonymement, de se confesser et de trouver conseil. Sans honte. Nous y trouvons aussi les moyens de bâtir un univers qui nous serait propre, un monde personnalisable, pays de toutes les possibilités, de tous les fantasmes. Là où les insociables ont une chance de converser et de rompre la solitude. Mais certaines zones d’ombre peuvent faire de nous les témoins impuissants de violences et de lynchages…
 Cet internet matérialisé nous aide à porter un regard différent sur le sujet et pour certaines générations qui ne sont pas né avec le monstre entre les mains, un moyen certain de mieux le comprendre et de l’apprivoiser. Ce décor sert alors de scène à un sordide thriller, embarrassant et hypnotisant, étrange et de plus en plus glauque à mesure que les réalités s’emboitent les unes sur les autres dans une maitrise parfaite du découpage et de la narration.  Nakata dirige avec soin ses cinq acteurs, parmi lesquels nous retrouvons Imogen Poots (« 28 semaines plus tard », « Knight of Cups »), Hannah Murray (« Skins », « Game of Thrones ») et un jeune Aaron Taylor-Johnson (« Nowhere Boy », « Kick Ass », « Savages », « Avengers ») qui de son charme inquiétant, porte ce film des plus singuliers.

THE SOCIAL NETWORK – David Fincher – 2010

 
Pour exploiter le sujet d’internet, le grand David Fincher a choisi d’en parler. C’est exactement ce que feront les personnages de « The Social Network », puisque le biopic de Mark Zuckerberg, qui retrace la naissance du géant Facebook, repose essentiellement sur les conversations qui y sont mises en scène.
 Si au XXème siècle les Etats-Unis pouvaient encore prétendre être la terre de tous les possibles, il n’en est rien au XXIème siècle. A notre époque, les empires économiques et les grands destins se bâtissent avant tout sur internet. Le monde a changé et c’est autour de cette idée que David Fincher a voulu créer son film, choisissant l’incroyable histoire de Mark Zuckerberg à titre d’exemple révélateur. C’est avant tout la mise en image d’un monde en pleine mutation et la fresque gargantuesque de l’outil internet.
 Cette fresque novatrice se compose donc dans la discussion et dans une multitude de dialogues où le sujet du web et des réseaux sociaux (informatiques ou non…) seront traités de différents points de vue et à angles variables. D’une fluidité ahurissante, « The Social Network » nous embarque dans les backstage de la toile et s’en prend à nos passions les plus profondes, celle de l’amour, de l’argent et du pouvoir. En se servant principalement d’une écriture irréprochable et d’une mise en scène précise, « The Social Network » nous démontre pointilleusement qu’il faudra toujours composer avec sa propre solitude, que ce soit sur et en dehors du web. Les réseaux sociaux n’y pourront rien.

 

DISCONNECT – Henry Alex Rubin – 2013


 
 Avec « Disconnect », le Canadien Henry Alex Rubin avait pour ambition de décrire le quotidien avec internet. Les problèmes avec internet. La vie humaine avec internet.
 « Disconnect » est une aventure informatique qui met en scène plusieurs petites histoires dont les différentes intrigues reposent toutes sur le web : lynchage publique (quand les réseaux sociaux deviennent des agoras), harcèlements, arnaque, prostitution en ligne etc…
 Le réalisateur n’hésite pas à intégrer les conversations virtuelles dans son récit, en ajoutant simplement un petit encart dans le cadre. Ainsi, « Disconnect » se regarde et se lit. Mais l’intégration de cette technologie dans la mise en scène ne s’arrête pas là puisque l’espace sonore est régulièrement occupé par les mélodieux pianotements des claviers et téléphones portables, qui se fondent brillamment dans les conversations et la partition pop-rock qui compose le mixage.
 La force de « Disconnect » réside dans le fait que le film parle d’internet sans tabou et le fait enfin d’une façon qui révèle à quel point l’outil est entré dans notre quotidien et prend une part grandissante dans les éléments qui composent notre vie.
 On remarque finalement que le web n’est pas le premier sujet de « Disconnect ». Pas uniquement. C’est avant tout la violence. La violence sexuelle et exploitante, la violence psychologique et moqueuse, la violence vénale et intéressée. Mais dans ce film, la différence de traitement est la suivante : l’emploi de ces violences, régulièrement exploitées sur grand écran, passe uniquement par cet engin qui nous unis et canalise nos actions : Internet. L’idée soutenue par Henry Alex Rubin s’ancre dans l’idée de la connexion virtuelle et de la déconnection au réel, elle est savamment démontrée au fil d’un film poétique et intelligent. 

UNFRIENDED - Levan Gabriadze – 2015

 
 Quand Levan Gabriadze a choisi de mettre en scène internet, il ne s’est surement pas posé autant de question que n’ont pût le faire les quatre cinéastes dont nous parlions précédemment. Il a purement et simplement décidé de faire de son écran cinématographique… Un écran informatique.
 En effet, l’intégralité du film se déroule sur l’écran d’ordinateur du personnage principal, avec toutes les difficultés que cela peut impliquer : tenir une intrigue, mettre en scène différents personnages, créer des émotions et construire une histoire dont les éléments varient et évoluent.
Un casse-tête ? Peut-être, mais un pari réussit. Le film triomphe à nous embarquer dans son fonctionnement et l’idée première confère un certain réalisme à l’intrigue. Nous passons de Skype à Facebook en un instant, notre héroïne parcours des sites comme Youtube, elle jongle entre les conversations écrites et orales, en privé ou a plusieurs… On retrouve les logiciels de streaming musical, les chatroulettes etc… L’écran est vaste, les fenêtres s’accumulent et il faut regarder partout. Il se passe plusieurs choses en même temps. Il faut lire, écouter, regarder, suivre le mouvement de la souris, rester attentif au « …est en train d’écrire », « message vu » etc… Car chacun de ces éléments sert l’intrigue et la composition d’une ambiance à tension désirée par le cinéaste.
 En dehors de cet exploit technique, l’histoire racontée est assez banale. Slasher fantastique peu original, nous assistons à la revanche d’un fantôme, celui d’une jeune fille s’étant suicidée après avoir vue une vidéo compromettante diffusée sur le web. Elle revient pour se venger auprès de cinq camarades concernés de près ou de loin par l’affaire, en les réunissant dans une conversation groupé sur Skype et en jouant avec leurs nerfs, les mettant face à leurs mensonges et les éliminant un par un. Bien sûr, dans les règles de ce jeu sanglant, personne n’a le droit de quitter son ordinateur, sinon il meurt.
 Si l’ambition scénaristique avait été à la hauteur du projet, un chef-d’œuvre aurait pu voir le jour. Mais il faut bien garder à l’esprit que le public visé était adolescent. Il est certain qu’une personne ne connaissant que moyennement internet, ou ne visualisant pas tous les systèmes de communications qu’il propose, serait totalement larguée, elle passerait à côté de certains rebonds, ne saisirait pas la logique qui relie le tout, pour finalement s’ennuyer à mourir. Mais pour un spectateur averti, ce tour de force laisse pantois. L’idée était simple. Il fallait l’avoir. Il fallait l’oser.

http://www.aecfrance.com/#!Cinéma-et-internet-une-alliance-difficile-/c19us/5622d6ad0cf2c3a4a71370f0
 

6 nov. 2015

Les oiseaux nous observent


 
Conspiration et pigeons... Il n'y a qu'une solution envisageable : Les oiseaux nous observent !
 
Une enquête très sérieuse, par Ornitho TV.
 
 
https://www.facebook.com/Morels-Production-237764096244768/?fref=ts

5 nov. 2015

Slasher, histoire d'un genre (e-book)

 
 
 
A l'heure où le Slasher envahit les écrans de TV (Scream The TV Series, Scream Queens, etc...) et que le genre s'apprête à faire son grand retour au cinéma dès 2016 avec de nombreux reboots de ses films les plus emblématiques, je vous propose de découvrir un petit e-book, un grand dossier spécial sur le Slasher Movie.
 
 
 
 
Des dizaines de références, les origines du genre, son expansion etc... Pas moins de 7 chapitres consacrés au Slasher et ses figures emblématiques (Jason Voorhees, Michael Myers, Freddy Krueger, Chcuky, Leatherface etc...) ses artistes (Wes Craven, John Carpenter, Tom Savini, Jamie Lee Curtis, Sean Cunningham etc...) et ses films venus de tous horizons et d'époques diverses !
 
 
Un document concocté avec passion, à lire en version PDF en suivant ce lien :
 
 
 
 
 

Article associé :

Fan de Vendredi 13 ? Soyez les bienvenus au camp Crystal Lake :
http://pop-and-corn.blogspot.fr/2015/02/paperprops-vendredi-13.html


23 oct. 2015

Astérix 36 : Le Papyrus de César !


 Vous n’avez pas pu passer à côté, le nouvel album des aventures d’Astérix vient de paraitre !
 C’est le second album paru depuis qu’Uderzo a cédé sa place à de nouveaux auteurs ; les désormais célèbres Jean-Yves Ferri (à l’écriture) et Didier Conrad (au dessin).
 Le coup d’essai avait eu lieu en 2013 avec « Astérix chez les Pictes » qu’Uderzo avait supervisé (il co-signait d’ailleurs la couverture avec Conrad et avait rédigé une courte introduction avec Anne Goscinny.) La grande réussite de cette aventure chez les Pictes était incontestable et tout le monde semblait séduit. La logique réclamait donc un nouvel épisode. Cette année, nous découvrons « Le Papyrus de César »…
 
 A la disparition de René Goscinny, Uderzo avait repris le flambeau et s’était chargé seul de faire vivre son héros. N’en déplaise à certains, les épisodes d’Uderzo en solo comportaient des aventures mémorables ! « La rose et le glaive », « Latraviata », « L’Odyssée d’Astérix »… Mais force est de constater que les trois dernières parutions sentaient tristement l’épuisement et s’appauvrissaient considérablement… « La Rentrée Gauloise » et « L’Anniversaire d’Astérix et Obélix » se présentaient comme des anthologies qui fonctionnaient avant tout sur l’héritage de la série et jouait principalement avec la nostalgie, sans pour autant proposer quelque chose de nouveau et qui pourrait potentiellement conquérir un nouveau public tout en rassasiant les fervents lecteurs ! Il y eut aussi « Le ciel lui tombe sur la tête » qui laissait un arrière-gout de déception. C’était une histoire étrange et peu convaincante, qui mettait en scène l’arrivée d’un extra-terrestre dans le monde du petit gaulois. Un faux pas ? Presque ! Toujours est-il qu’Uderzo a fini par se rendre à l’évidence. Il lègue son Astérix à Ferri et Conrad ! Quand la question de ce relai lui était posée par des journalistes, il répondait simplement qu’aucun parent ne souhaiterait voir son enfant mourir avec lui. De nobles paroles pour une sage décision !
« Astérix chez les Pictes » était énergique, drôle et inventif ! Le héros des français n’avait pas visité de nouvelles civilisations et autres pays antiques depuis ces belles aventures « Chez Rahazade » ! Nouveaux personnages, nouveau décor, la magie des épisodes d’Astérix en voyage reprend de plus belle ! D’autant que la communauté Pictes (les Ecossais) n’avait pas encore été exploitée. C’est une vague de modernité que nous trouvions alors. Ainsi qu'une joie de découvrir un Astérix plein de vie et dopé à la potion magique !
 On pouvait se demander si cet exploit relevait de la chance… Mais « Le papyrus de César » vient aujourd’hui confirmer le talent des nouveaux auteurs ! Dans ce nouvel opus, César vient de rédiger ces fameux « Commentaires sur la guerre des Gaules » et décide de supprimer un chapitre… Celui qui concerne les irréductibles gaulois !
 Résolument politique et d’une modernité totale (notamment dans les nouvelles inventions nominatives telles que Kefélapolis, Rézowifix, Antivirus…) cette aventure confronte une nouvelle fois nos Gaulois à Jules César ! Les thèmes de l’Histoire, de la censure et du pouvoir des médias sont abordés avec un certain géni et les planches proposent une succession de gags et de jeux de mots autour de la communication, des télécommunications, du journalisme et du transport. Nous en apprendrons plus sur la passé de Panoramix et les éléments incontournables seront introduits avec une brillante fluidité (les bagarres du village, les pirates etc…).  Une réussite totale ! Drôle et intelligent, ce « Papyrus de César » promet un bel avenir à Astérix ! On ne manquera pas de saluer la dédicace à Uderzo et Goscinny en fin d’album, qui sont ici introduit au récit par Ferri et dessinés par Conrad !
 On espère désormais qu’il ne faudra pas attendre deux ans avant de découvrir le prochain épisode…


11 oct. 2015

Miss Peregrine et les enfants particuliers - Ransom Riggs


 Avec ce premier roman, Ransom Riggs signe un succès littéraire de ceux qui s’exportent dans le monde et attisent l’enthousiasme des afficionados de littérature fantastique et «Young Adult ».
 Il faut dire que ce « Miss Peregrine » à tout pour plaire. Notamment d’un point de vue promotionnel ; sa couverture étrange et sa typographie gothique sont remarquables, le livre est un bel objet, avant même d’être un texte. Aussi, la richesse du livre réside dans l’idée qu’il propose une lecture interactive, parsemée d’une multitude de photos et de documents qui font entièrement partie du récit. Des photographies étranges, parfois dérangeantes, des croquis, des lettres… Ce qui est aussi des plus intéressants, c’est la véracité des clichés proposés. Chaque photographie est véritable, rien n’a été mis en scène pour le roman.
 Tous ces éléments font de « Miss Peregrine » une lecture agréable qui reste gravée dans notre imaginaire, grandement nourrit par cette profusion. Cependant, on peut être dubitatif quant au contenu littéraire et à l’histoire.
 D’une façon générale, l’écriture est fluide mais s’avère un peu légère pour un texte visant un public adolescent et adulte, à priori averti et amateur d’histoires glauques et sombres. Seulement il ne suffit pas de parler de la seconde guerre mondial pour prétendre à quelque chose d’effrayant et qui se vend comme un récit très noir. La naïveté des personnages, même les plus âgés (certains ont une centaine d’année…) nous ramène immédiatement à un livre pour enfant. Ce qui n’est pas nécessaire quand on sait la contenance de certains contes, ou même l’ambiance lourde qui peut émaner de romans plus récents, comme Hunger Games ou Harry Potter. Cette écriture et ce propos assez juvénile est regrettable, car on peut attendre de « Miss Peregrine » quelque chose d’un peu plus brusque.
 L’histoire regorge néanmoins de très bonnes idées et de situations intéressantes. Notamment dans sa vision du temps, ses sujets sur la mortalité et l’isolement. Mais Ransom Riggs peut parfois s’égarer un peu dans la composition de sa mythologie, qu’il tente de construire de toute pièce. Un beau geste qui fonctionne rarement, à moins d’avoir un talent inouïe. Aujourd’hui on amène généralement ses propres créations monstrueuses et ses règles fantastiques dans un univers se faisant déjà référence au type fantastique établit, comme le font George Martin ou J. K. Rowling. La volonté est notable, mais le résultat n’est pas à la hauteur.
 Comme les personnages, l’intrigue à tendance à tourner en rond et on s’ennuie un peu durant la seconde partie du roman, quand les principaux mystères exposés au début ont été résolus et expliqués. Ce qui bien sûr fait rapidement perdre de l’intérêt au récit (d’autant que la tentation de parcourir toutes les images avant qu’elles n’arrivent d’elles-mêmes est assez grande !)
 Dans l’ensemble, ce « Miss Peregrine » vaut le coup d’œil, notamment pour sa collection de photographies qui rappellera les « Freakshows » d’entant, mais il ne révolutionnera pas grand-chose et pourrait probablement ennuyer les lecteurs les plus férus de fantastique. Pour l’heure, nous attendons l’adaptation cinématographique de Tim Burton, qui trouvera ici de quoi alimenter son univers, avec lequel il semblerait vouloir renouer au travers de cette aventure !

4 oct. 2015

Des dieux et des monstres (le mythe de Frankenstein en cinq adaptations)



 A quelques semaines de la sortie de « Victor Frankenstein », nouvelle adaptation du classique de la littérature fantastique, mis en scène par Paul McGuigan, avec James McAvoy et Daniel Radcliffe, retour sur cinq adaptations marquantes du mythe. Cinq variations autour de la légendaire histoire du docteur Frankenstein et de sa créature incomprise, à travers presque un siècle d’innovations.
C’est sous la longue chevelure d’une jeune femme au visage d’ange que naquit, il y a bientôt deux cents ans, la terrifiante histoire de Frankenstein. Mary Shelley, alors âgée de dix-neuf ans, livrait au monde l’un de ces textes qui traversent les âges et bousculent les consciences en chatouillant la bienséance et les têtes pensantes de leurs époques. Le XIXème siècle n’en était qu’à ses balbutiements tandis que Shelley remettait en cause la toute-puissance divine et prenait le parti prix d’une compassion assumée à l’égard d’un monstre impie. « Frankenstein, ou le Prométhée Moderne » enfonce les portes du tabou, empoigne férocement les sujets de la vie, de la mort et de la création, élève l’horreur dans les hautes sphères philosophiques d’une poésie dérangeante et marque durablement la grande histoire des littératures de l’imaginaire. Mais l’imagerie populaire et incurable qui entoure le mythe ne doit pas grand-chose au roman et son auteur... Le cinéma participera largement à l’élaboration de cette légende pour en faire une histoire éternellement renouvelable, aux codes et caractères qui lui sont propres. L’«icône Frankenstein » trouve son origine sur la pellicule, et non sur le papier. Quelques lignes pour se souvenir de cinq adaptations, cinq époques et cinq styles s’essayant à courir autour d’un monstre. Un simple monstre, né dans l’esprit surprenant d’une adolescente.
 
-Frankenstein (et « La Fiancée de Frankenstein ») James Whales 1931 – 1935 
-Frankenstein s’est échappé – Terrence Fisher – 1957
-Frankenstein Junior – Mel Brooks - 1974
-Frankenstein – Kenneth Brannagh – 1994
-Penny Dreadful – Sam Mendes - 2014
 
 
 Un sujet universel, un concept offrant de vastes possibilités visuelles, c’est tout naturellement que, après avoir été de passage sur les planches, Victor Frankenstein et sa créature débarquèrent sur les écrans. D’abord en 1910, sous le joug visionnaire de Thomas Edison qui produisit un film muet de 12 minutes. Puis en 1931, au sein des studios Universal, devant la caméra malicieuse de James Whale.
 
 Un front haut et carré, deux boulons dans le coup, des paupières lourdes surplombées d’arcades sourcilières proéminentes, la magie du maquilleur Jack Pierce opère et traumatise le spectateur des années 30. Incarné par un Boris Karloff au corps raidit et au jeu sauvage, la chose imaginée par James Whale s’installe dans l’inconscient collectif et deviendra au fil des ans l’image même d’un monstre qui, pourtant, n’était qu’à peine décrit dans son texte d’origine. Pour achever de bâtir l’iconographie Frankenstein, les décors magnétiques de Kenneth Strickfaden (baptisé par la presse l’électricien de Frankenstein) viennent en renfort et confèrent au film son grain de folie. Ainsi, James Whale et son équipe inventent le savant fou et ses expérimentations alimentées par la foudre, au travers de systèmes électriques délirants. Le personnage de Fritz, assistant de Frankenstein, vient s’immiscer dans l’histoire et deviendra le mythique Igor, personnage clé de la culture fantastique qui ne cessera de servir les sorciers, vampires et autres scientifiques en pleine démence. Toutes les ressources d’un cinéma naissant sont mises en place pour créer de toute pièce un film culte, à la mise en scène magistrale, portée par l’obsession, la psychose, l’ambition et malgré tout, la tendresse ! Cet exploit ne restera pas isolé puisque, quatre ans plus tard, la même équipe est réunie pour mettre sur pied « La Fiancée de Frankenstein », chef d’œuvre de son auteur. Ici, James Whale dirige en quelques sorte la seconde partie du roman et prolonge l’expérience jusqu’à donner naissance à la fameuse « Fiancée » (qui dans le roman de Mary Shelley conservait son statut d’œuvre inachevée). L’humour noir et l’esthétique gothique la plus léchée y sont poussés à leur paroxysme. L’originalité et le culot conduiront à une introduction qui marquera durablement les consciences ; Whale décide de donner corps à Mary Shelley pour extraire de sa bouche la genèse du monstre et son propos.
Si Shelley a bel et bien pensé l’histoire, ce diptyque cinématographique aura su lui insuffler la vie, usant d’une magie bien réelle à la puissance incontestable : le cinéma.
 
 
 Il faudra ensuite attendre plus de vingt ans avant de revoir une adaptation intéressante du mythe. Universal ayant tiré sur la corde jusqu’à l’épuisement, générant des suites plus mauvaises les unes que les autres, le monstre de Frankenstein s’était finalement éteint sur une note négative. Mais c’était sans compter sur la Hammer Film, firme d’outre-manche ayant bien l’intention de ramener à la vie les monstres mythiques du 7ème art, magnifiés puis dégradés par la même maison (Universal).
« Frankenstein s’est échappé !.. » est dirigé par Terrence Fisher, grand metteur en scène pour les aficionados d’horreur, qui œuvrera principalement pour la maison de production la plus gotique de l’histoire. Sous les traits de Victor Frankenstein, nous trouvons Peter Cushing, tandis que la créature se voit incarnée par un jeune acteur en devenir... Christopher Lee. Théâtrale et pointilleux, le charme britannique de cette mise en scène en fait une relecture passionnante, non pas du roman, mais du film de James Whale (c’est dire à quel point sa force visuelle et narrative aura marqué). Phénomène attractif jouissant des renommées respectives de sa production, son réalisateur et ses acteurs, le film se verra lui aussi décliné en de multiples suites, générant un second cycle à l’image de son aîné, bien que plus européen dans son approche du sujet et dans son idée de ce qu’est le grand spectacle. A cet effet, « Frankenstein s’est échappé !.. » demeure malgré ses atouts et le plaisir nostalgique qu’il offre à ses spectateurs, une copie un peu fade du « Frankenstein » de 1931, bien qu’il eut souhaité s’en démarquer. A contrario, Mel Brooks décidera, 17 ans plus tard, de retrouver l’imagerie mythique des premiers Frankenstein pour en faire une parodie déjantée, aujourd’hui devenue culte.
 
 Le grand humoriste oscarisé Mel Brooks, dont la réputation n’est plus à faire, met en scène son film le plus célèbre en embrassant le thème de « Frankenstein ». Bien plus qu’une parodie récompensée par 5 Saturn Awards et deux nominations aux Oscars, ce « Frankenstein Junior » (« Young Frankenstein ») se présente comme une véritable déclaration d’amour aux films de James Whale. En revanche, la trame principale s’apparente plutôt à un autre film d’Universal (« Le Fils de Frankenstein »), puisque nous y suivons le descendant du fameux scientifique, découvrant les travaux de son ancêtre et décidant de poursuivre son œuvre. Les clins-d’œils sont légion dans cette comédie explosive. Tout y est : le noir et blanc, les lumières, les ombres, l’ambiance sonore et jusqu’aux décors (certains sont même issus du film original, qui est ici singé avec brio). On retrouve la nostalgie et l’amour de ce style si atypique, qui construisait à l’époque un univers devenu quarante plus tard, un éventail de clichés qui sont ici détournés afin d’offrir au spectateur la joie de les apprécier de nouveau, jusqu’à les voir sublimés ! Derrière l’humour fou de Mel Brooks et l’écriture fine de Gene Wilder se cachent en effet une scénographie bien pensée, des idées cinématographiques foisonnantes et une composition précise des plans. A vouloir imiter et moquer des chefs d’œuvres, Brooks a finalement livré le sien. Le jeu d’acteur est brillant, l’hilarant Gene Wilder campe un Frederick Frankenstein (prononcez Frankensteen s’il vous plait) tandis que la créature cachera Peter Boyle sous son maquillage. Les gags fusent et la fine équipe de Mel Brooks (qu’il retrouvera régulièrement) se déchaine et s’amuse, quitte à prolonger le tournage. Aussi, le film s’éloigne encore un peu plus du roman original, et pour chacun, c’est encore cette imagerie de château abritant un laboratoire de savant fou, gardé par un Igor sinistre et inquiétant, qui constitue l’essence de Frankenstein. Mais pour certains, cette complaisance doit cesser. 20 ans plus tard, un homme mettra en chantier un film dont l’ambition première sera de revenir au matériau d’origine. 
 
 
 Comme pour poursuivre une œuvre entamé en 1992 avec « Dracula », Francis Ford Coppola produit une nouvelle version de Frankenstein qui sera mise en scène par Kenneth Brannagh. Jeune réalisateur prometteur qui connaitra alors son premier échec. Pour de multiples raisons, le film ne convainc pas. Il avait pourtant tout pour plaire ; un excellent casting (De Niro incarne la créature, le rôle d’Elisabeth colle à la peau d’Helena Bonham Carter et Brannagh se charge de donner corps Victor Frankenstein). Les décors, impressionnants de réalisme et de beauté abritent la mise en scène grandiose et théâtrale d’une version qui, cette fois, décide de se fier au livre d’origine. Tous les écarts ayant conduit jusqu’à la vision du mythe établit dans le film de Mel Brooks sont oubliés. Pour s’inspirer, Brannagh ne conserve que le texte (ainsi le film se nomme-t-il « Mary Shelley’s Frankenstein ») et nous rappelle ainsi à quel point ce dernier peut diverger de la vision générale que le public a de cette histoire intemporel. C’est peut-être cette raison qui fait de ce Frankenstein un échec, qui se laisse néanmoins regarder mais qu’il est difficile d’admirer, quand bien même le souhaitons-nous tant la démarche est noble et le travail bien fait. Le film est impressionnant, il sonne juste, mais quelque chose ne fonctionne pas. C’est probablement cette chose mystérieuse et invisible qu’avait sût contourner James Whale ; l’impossibilité de retranscrire le roman de Mary Shelley au cinéma. Le long métrage reste notable ; il est le plus fidèle au roman (malgré certaine divergences) et pour cette raison durement payée, il mérite d’être vu. Aussi est-il d’une qualité bien supérieure à l’essentiel des films produits dans le joug de « Frankenstein » et l’idée de faire du personnage d’Elisabeth une « Fiancée de Frankenstein » (inexistante dans le roman), clôture le film avec une grande élégance et offre une scène finale morbide et hypnotique.
 
 
 Aussi lassé que l’on puisse être des idées communes exploitées autour du mythe, force est de constater que vouloir s’en débarrasser n’est pas l’option la plus percutante. C’est en 2014 que des artistes tenteront d’établir un juste milieu entre les deux. Cette nouvelle version voit le jour au travers d’une série diffusée sur la chaîne américaine Showtime. Elle prend l’aspect d’une anthologie visuelle et narrative autour des grands monstres du cinéma, a l’image de ce qu’Universal avait fait avec la trilogie des Maisons dans les années 30, puis avec Van Helsing en 2004. Mais ici, le côté action et pop-corn se voit sapé au profit d’une certaine grâce britannique, d’une esthétique aussi moderne que référencée, d’un scénario grave et de personnages profonds et fascinants. Cette série TV se nomme « Penny Dreadful ». Les personnages de Bram Stoker y fréquentent ceux de Mary Shelley dans une lutte contre diverses forces maléfiques, en pleine Angleterre Victorienne. Sous les traits de Victor Frankenstein se cache un jeune acteur à la beauté dérangeante ; Harry Treadaway. Ici, c’est un savant mélancolique, timide et égaré que le tandem de Skyfall (John Logan à l’écriture, Sam Mendes à la réalisation) propose à leurs spectateurs avertis. Son histoire commence par une création ; celle d’une créature sensible et douce, faible et amicale. C’est une relation toute pleine de tendresse et d’amour qui nous est exposée, une relation qui, curieusement, s’avère aussi proche d’une filiation que d’un amour charnel. Et puis tout bascule, la créature se fait assassiner brusquement par nulle autre que son grand frère. La première expérience de Frankenstein, celle que nous avons déjà rencontré à travers un siècle de cinéma, celle que son créateur abandonna par peur... Ainsi de nombreuses libertés sont prises par John Logan dans cette version de l’histoire. Mais néanmoins, l’auteur emprunte autant à l’héritage cinématographique de Frankenstein qu’au roman original, notamment dans un retour certain à l’aspect philosophique du texte, son questionnement sur la vie, la création, l’indépendance et l’éducation. Les dialogues semblent tout droit sortis de la plume de Shelley et certains détails (comme les lectures élévatrices du monstre) viennent saluer le cœur des lecteurs. D’un aspect littéraire, le combat passionné du monstre et de son dieu détesté s’articule avec grâce et tristesse, avec violence et horreur. De l’image à l’espace, en passant par le jeu d’acteur et la musique hypnotisante, l’ambiance de « Penny Dreadful » transpire par tous les pores une odeur réconfortante de papier. Divisé en plusieurs intrigues, celle de Frankenstein embrasse mieux qu’aucune autre adaptation la citation de Milton qui introduisait le texte de ce « Prométhée Moderne » :
 
« T’avais-je requis dans mon argile, ô créateur, De me mouler en homme ? T’ai-je sollicité
De me tirer des ténèbres ? »
 
 Là où certains n’ont pris du roman de Mary Shelley que le concept premier, pour finalement laisser exploser les images les plus percutantes, trouvées au fond de leur esprit le plus cinématographique, d’autres se sont essayé à la fidélité d’une adaptation complexe. Aujourd’hui, comme il y a cent ans, Victor Frankenstein expérimente ses théories les plus effrayantes sur nos écrans, offrant à chaque génération de cinéastes la possibilité d’argumenter son propre mythe. L’avenir nous dira ce que la légende deviendra, dans le regard des spectateurs, dans l’œil des artistes, mais avant tout sur les écrans du monde. La monstrueuse aventure filmique se poursuit et l’histoire écrira un nouveau chapitre le 25 novembre 2015, devant la caméra de Paul McGuigan.
 
 
 
http://www.aecfrance.com/#!Des-Dieux-et-des-Monstres-Le-Mythe-de-Frankenstein-en-cinq-adaptations/c19us/55d6e9ca0cf2c407285deed7
 
 

Article associé :

http://pop-and-corn.blogspot.fr/2013/11/universal-monsters.html
l'apogée du cinéma fantastique des années 30
 

2 sept. 2015

Wes Craven, voyage au ciel pour un maitre de l'enfer

 
 La sentence est tombée le 31 aout 2015, le réalisateur Wes Craven a succombé à une tumeur au cerveau, laissant derrière lui une armée d’orphelins et soufflant un peu plus la flamme d’un certain espoir qui planait au dessus de lui… Car, à une époque où les aficionados du genre horrifique pleurent une nouvelle fois l’épuisement de leur cinéma fétiche, on ne pourra désormais plus compter sur Wes Craven pour générer un tour de force qui aurait révolutionné l’industrie de l’horreur, une troisième fois…
 
 Il est de notoriété publique que l’épouvante entretient une fâcheuse tendance à tourner en rond, à s’imiter elle-même, se renvoyant la balle indéfiniment jusqu’à l’épuisement le plus total. Rares sont les cinéastes qui parviennent à faire basculer la tendance, faisant d’une idée neuve un film marquant et un souffle nouveau pour toutes les bandes qui entreront dans son sillage. D’autant plus rares sont ceux qui exécutent la pirouette à deux reprises. Telle est la singularité de Wes Craven, son génie et son caractère d’exception.
 
 
 
 Au début des années 80, le cinéma d’horreur n’a qu’un mot à la bouche : « Slasher » (du verbe To Slash : tailler, entailler). Une vague de Slasher-Movies envahit les écrans du monde est le concept en est toujours le même ; un tueur masqué ou physiquement caractérisé, une bande de jeunes dépravés, une série de meurtres à l’arme blanche et un trip sanguinaire d’une heure et demie bourré d’hormones adolescentes et d’une violence orchestrée par un rythme entrainant. Le même scénario (pensé par John Carpenter en 1978 avec « Halloween » et codifié par Cunningham dans « Vendredi 13 ») est décliné à toutes les sauces et se voit excessivement exploité jusqu’à en perdre son charme et son intérêt le plus fondamental. C’est ici qu’arrive l’ami Wes Craven et ses « Griffes de la nuit ». D’une idée simple, Craven créera un héritage monstre ! Curieusement, c’est à la fois dans le réalisme et le fantastique que Craven bâtira son film film culte et un personnage clé : Freddy Krueger, pédophile condamné par des parents justiciers, brulé vif pour ses crimes et transporté dans une dimension abjecte propre à son esprit délirant, d’où il hantera les rêves des adolescents de Elm Street, les entrainant dans son univers grand-guignolesque pour les écorcher à coups de lames acérées, dérobant leurs espoirs, leur énergie juvénile, leur innocence et finalement, leur vie. « J’ai lu un article, nous disait le metteur en scène, qui rapportait la mort étrange d’adolescents, décédés dans leur sommeil, à cause d’un cauchemar. » Ainsi naquit Freddy et la dimension fantastico-interdimensionnelle et sexuelle d’un cinéma qui connaitrait alors de belles années, avec des titres comme « Hellraiser » de Clive Barker et « Jeu d’enfant » (où sévira l’inoubliable poupée Chucky).
 
 
Mais à ce stade, Wes Craven, n’en était pas à son coup d’essai et se montrera par la suite toujours aussi doué, puisque nous lui devons une série de chef-d’oeuvres tels que « La colline à des yeux », « Le sous-sol de la peur », « La dernière maison sur la gauche » (pilier d’un autre sous-genre des plus étranges, le Rape and Revenge, qui atteint son emprise populaire la plus éclatante avec « I spit on your grave ») et « L’emprise des ténèbres » qui rendra au film de zombie son origine vaudou, détournant la bombe lancée par Romero avec « La nuit des morts vivants ».
 En somme, au début des années 90, Wes Craven est déjà un pape pour les amateurs. Même ses drôleries fantastiques les plus maladroites sauront séduire (« Le vampire de Brooklyn », « La créature du marais ».) Mais pour autant, le cinéaste n’a pas encore atteint son apogée et son statut de metteur en scène canonisé. La chose arrivera en 1996, alors qu’une fois encore, certaines branches du cinéma d’horreur (notamment les slashers et leurs sagas sans fins) s’engouffraient dans une médiocrité répétitive. Le coup de maitre et le coup de génie porte le doux nom de « Scream ».
 
 
 
 
Film brillant de complexités, d’humour noir, de critiques acerbes, de jeux cinéphiles, de références détournées, d’une intelligence morbide et d’idées nouvelles. Est-il besoin de parler de « Scream » et de son impact immédiat sur le cinéma d’horreur et la culture populaire, de ses polémiques ravageuses, de ses scènes cultes et de son tueur qui basculera de l’écran vers le monde réel ? « Scream » n’est pas seulement mythique, c’est une légende dont l’influence se fera ressentir au-delà des sentiers battus d’un genre assez restreint. Le miracle « Scream » tient aussi du fait que, pas une de ses suites n’aura su entacher la réputation de leur ainé, comme si Wes Craven avait tenté de préserver son chef s’oeuvre, évitant le destin nauséeux de Freddy qui, passant de main en main, avait lamentablement finit sa course avant d’être gracieusement remis sur les rails par son papa,  dans un film des plus étonnant. « Freddy sort de la nuit » ; où Craven mettait en scène les acteurs du premier film de la saga, dans leur propre rôle, confrontés à leur film culte, à l’élégance fragile de leur succès, dans un Hollywood où Freddy aurait traversé l’écran pour venir hanter les comédiens qu’il avait affronté dans une fiction… Une étourderie pour certains, du génie pour d’autres. C’était en tout cas les prémices  d’un sujet qui ferait de Craven un grand homme du cinéma, dont le talent premier résidera dans la distorsion des réalités et dans la découverte de peurs nouvelles… Un rêve peut nous tuer. Un film aussi. C’était en tout cas le sujet entretenu dans « Scream », alors que le tueur sévissait en s’inspirant de « Halloween » ou encore de… « Freddy » ! Une idée si bien exploitée que de véritables tueurs auront agit en s’inspirant, par malheur, de « Scream ». Ces réalités escamotables seront toujours sujet de fascination, et on ne se lassera pas de voir le caméo de Craven dans « Scream » où il nous apparaît, déguisé en Freddy Krueger !
 
http://www.aecfrance.com/#!Wes-Craven-voyage-au-ciel-pour-un-maître-de-l’enfer/c19us/55e779b40cf20cc5249eb238
 
 

13 févr. 2015

Paperprops Vendredi 13


 
 En ce jour de Vendredi 13, je vous propose un petit voyage au camp Crystal Lake, royaume infernal d'un certain Jason Voorhees...
 
 L'idée de ce Paperprops consiste à recréer le panneau d'affichage "Welcome to Camp Crystal Lake" qui apparaît dans la série de films "Vendredi 13". Vous trouverez ci-dessous l'image nécessaire à cette création :
A imprimer de la façon qui vous paraître la plus judicieuse. Je l'ai personnellement imprimé sur papier autocollant avant de coller le tout sur un morceau de carton. Après une phase de découpage, j'ai obtenu mon petit panneau, solide et prêt à décorer mes étagères...
 

 
 
 

Article similaire :

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1 sept. 2014

Le Labyrinthe de James Dashner

 
  Le Labyrinthe, premier tome d’une trilogie connue en France sous le nom de « L’épreuve » raconte l’histoire de Thomas, un adolescent amnésique qui se retrouve propulsé dans une communauté de jeunes garçons vivants au cœur d’un mystérieux labyrinthe…

  Sur le papier, ce roman Young Adult avait tout pour plaire ; une solide réputation, un statut de Best-Seller, une histoire tissée autour d’une énigme intrigante, un univers assez original aux relents de monde post-apocalyptique (dans la pure tendance actuelle), un propos plus dur et plus violent qu’à l’ordinaire et un chapitrage basé sur des fins en cliffhanger. Mais malgré ça, Le Labyrinthe ne convainc pas…

  Le premier défaut du livre, c’est bien sûr son écriture. Très incertaine, peu fluide, trop enfantine (pas dans le public visé, mais dans la syntaxe de son auteur) et par moment, carrément mauvaise. Le manque de vocabulaire est flagrant, les dialogues sont idiots et rivalisent d’incrédibilité avec les plus mauvais téléfilms. A chaque page, il est au moins une phrase qu’on souhaiterait réécrire nous même !

  L’autre problème flagrant du roman est son personnage principal, l’ami Thomas. La profondeur du caractère laisse totalement à désirer et les détails de sa personnalité manquent cruellement, à tel point qu’on peine à l’imaginer (qu’on ne me cite pas son amnésie en contre-argument, ce n’est en l’occurrence pas recevable ; l’amnésie ne justifie pas l’absence d’une solide personnalité, même en devenir). Aussi, son arrivée dans le Labyrinthe manque d’une certaine crédibilité dans le sens ou ses interrogations, ses peurs et sa surprise sont trop rapidement mises de côté, l’auteur se montrant incapable d’en faire une bonne description. Il n’y a pas de ressentis (ou à peine), juste des listes interminables de questions, très mals amenées, dont certaines n’ont pas lieux d’être tandis que d’autres sont inexistantes, des questions que n’importe quel être humain se serait posé en pareilles circonstances… Autre problème ; le manque d’intelligence des personnages (qui sont pourtant supposés être une élite intellectuel) le lecteur comprend bon nombre de choses bien avant que les personnages ne commencent à y songer (en sachant que certains d’entre eux vivent dans le labyrinthe depuis plus de deux ans…) Tout ceci rend l’histoire peu crédible. Très vite, nous cessons d’y croire.

  Je déplore également le manque d’imagination de l’auteur, du fait d’une absence pesante de descriptions (les lieux, les personnages, les créatures…) James Dashner semble compter avant tout sur l’imagination de ses jeunes lecteurs. Si la chose peu se montrer parfois intéressante, elle relève ici clairement d’un manque de travail et d’un tour de force que l’on pourrait nommer Facilité. Aussi, les mystères, les révélations et l’étendu de l’univers sont extrêmement tirés par les cheveux, comme si l’auteur souhaitait surprendre à tout prix, en racontant à peu près tout et n’importe quoi.

  Malgré ces points, nous lisons (rapidement) ce livre en espérant toujours un mieux et en se laissant prendre au mystère du labyrinthe. Une fois commencé, nous attendons bien sûr la conclusion et une réponse à la grande question : qu’est-ce que le labyrinthe ? J’ai d’abord crut que la réponse viendrait au terme de la trilogie, mais non ; celle-ci apparait dans les dernières pages de ce premier tome et nous met face à une grande déception. On se dit « C’est tout ? » et on réalise qu’on s’attendait bien sûr à quelque chose de ce genre. Aucune surprise donc. Les dernières pages se lancent alors dans la présentation rapide d’un nouveau mystère, toujours plus poussé, vide d’originalité et clairement généré dans l’intention de créer une énorme surprise, si énorme qu’elle en est raté, étrangement attendue et, pour autant, totalement hors propos…

  Il faut dire ce qui est, malgré son grand succès (inexplicable selon moi) Le Labyrinthe n’a rien d’un grand roman jeunesse. Il est à des années lumières de l’écriture fluide et enchanteresse d’un Harry Potter. Il est tout aussi éloigné, malgré les efforts qui vont dans ce sens, de la violence et d’un concept tel que celui de Hunger Games. Il n’est pas capable de créer l’empathie ou de décrire correctement les conflits internes et les sentiments de l’adolescence. L’auteur jongle avec tous les clichés et se permet même l’une des histoires d’amour les plus ratés de l’histoire de ce genre littéraire… (On regretterait presque Bella et Edward…)

  Pour clouer le tout, la page de remerciements, à la fin du roman, m’a laissé sans voix : une liste interminable de noms ayant contribué à l’élaboration et la correction de l’ouvrage. Et oui, James Dashner n’a même pas pu arriver à ce résultat de son propre chef…


  A savoir, je me suis tourné vers ce livre en découvrant la bande-annonce de son adaptation cinématographique. Une bande-annonce qui promet un film intéressant, notamment porté par une excellente distribution, une mise en scène à priori correcte et des images de très bonne facture. J’ai bon espoir que le film se voit en mesure de surpasser un roman qui, malgré sa mauvaise qualité, reste divertissant et battît sur une histoire qui a du potentiel.

  Mon conseil ; le film sera à voir, le livre est à éviter (surtout quand on voit le prix… Mais même en poche à 4€, je ne le conseillerais pas.) Inutile de vous dire que je ne lirai pas le second tome.

  L’on me dit souvent que je suis bon public, il y a sans doute du vrai. Mais pour le coup, je suis le premier à avouer la basse qualité de cet ouvrage qui va à contrario de son succès… Un phénomène qui parait de plus en plus visible…

  

23 juil. 2014

Chili Con Carne (Court Métrage)


 
 
"La situation n'est plus à présenter, nous émettons d'outre-Manche, en zone saine. Sans nouvelles de la défense civile, les conseils restent les mêmes ; ne sortez pas. Ne prenez aucun risque. Attendez."
 
 

Chili Con Carne :

 
 
Ecrit et réalisé par Mathieu Morel
Avec : Lucile Caron, Charlotte Morel, Jacques Bertin et Mathieu Morel
Durée : 7mn30
 
 
 

A découvrir également ; le teaser du court :

 
 
Remerciements spéciaux à "Ruben K" pour le final, Jacques Bertin pour sa participation et Mélanie Desprez pour ses conseils si avisés !